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Logement : la propriété collective, une troisième voie pour sortir de la crise

20 février 2026

Dans une tribune publiée par Le Monde, six experts du logement appellent à reconnaître la propriété collective comme une voie d’avenir. Parmi eux figure Lionel Pancrazio, président d’Habicoop, qui défend depuis des années le modèle des coopératives d’habitants.

Aujourd’hui, les politiques publiques françaises reposent principalement sur deux piliers : l’accession à la propriété et la location privée. Soutenus par des aides et des avantages fiscaux, ces dispositifs solvabilisent la demande mais contribuent aussi à la hausse des prix. Quant au logement social, indispensable et antispéculatif, il ne peut répondre seul à l’ampleur de la crise, surtout lorsqu’il est fragilisé par des ventes de patrimoine.

La propriété collective, une alternative éprouvée

Les auteurs de la tribune défendent une troisième voie : la propriété collective non spéculative et non lucrative, portée notamment par les coopératives d’habitants. Déjà bien implanté en Autriche, au Danemark ou en Suisse, ce modèle produit des logements de grande qualité à des loyers nettement inférieurs à ceux du marché.

Le principe est simple : les habitants détiennent collectivement l’immeuble, souvent construit sur un terrain mis à disposition à très long terme par une collectivité. Ils sont locataires de leur logement, mais aussi sociétaires de la coopérative. Cette gouvernance démocratique leur permet de maîtriser leur cadre de vie tout en bénéficiant d’un loyer calculé au prix coûtant.

Des loyers réduits et une stabilité durable

En finançant les immeubles sur le long terme – jusqu’à cent ans – les coopératives réduisent fortement les coûts d’usage, parfois deux à trois fois inférieurs à ceux d’opérations classiques financées sur vingt-cinq ans. L’entretien et la rénovation sont anticipés dès l’origine.

Ce modèle apporte aussi une solution à des ménages exclus du crédit traditionnel : indépendants, intermittents ou seniors. Il offre une stabilité résidentielle précieuse et favorise la cohésion sociale grâce aux espaces partagés (jardin, atelier, buanderie, salle commune). Le logement devient un bien commun, durablement sorti du marché spéculatif.

Un modèle à relancer en France

Très actif après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement coopératif d’habitants a été interdit en 1971 avant d’être réintroduit par la loi Alur en 2014. Depuis, plusieurs projets ont vu le jour, souvent au prix de montages complexes faute d’un cadre financier pleinement adapté.
Pour les signataires, développer cette troisième voie ne suppose pas de dépenses publiques massives, mais un accès facilité à des financements de long terme garantis par l’État, à l’image du logement social.
Repenser le logement non comme un produit financier, mais comme un service d’intérêt collectif : telle est l’ambition portée par ces experts, convaincus que la propriété collective peut devenir un levier majeur de cohésion sociale et territoriale.

Une tribune co-signée par

  • Louis Hénaux, coprésident de la société coopérative d’intérêt collectif Coopriétaires
  • 
Paul Jarquin, promoteur, président-fondateur de REI Habitat

  • Lionel Pancrazio, administrateur mandataire d’Habicoop, Fédération française des coopératives d’habitants et d’habitation, enseignant et chercheur

  • Ludovic Parenty, coordinateur national d’Habitat participatif France
  • Isabelle Rey-Lefebvre, journaliste spécialiste du logement, autrice d’« Halte à la spéculation sur nos logements ! » (Rue de l’Echiquier, 2024)

  • Catherine Sabbah, déléguée générale de l’Institut des hautes études pour l’action dans le logement

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Photo illustrative : Abricoop