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Coopératives : le temps des alliances
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Alliances : une nécessité
Plusieurs facteurs expliquent la nécessité de ces alliances. En premier lieu, la concentration des concurrents et des clients des coopératives les obligent à s’adapter. A titre d’exemple, sur les quatre dernières décennies, les hypermarchés et les supermarchés ont peu à peu assis leur hégémonie sur le commerce des produits alimentaires, avec des parts de marché cumulées qui sont passées de 12,6% en 1970 à 66,1% en 2007. En réaction, les entreprises privées qui fournissent la grande distribution se sont à leur tour concentrées, entraînant les coopératives dans leur sillage. Autre facteur, la globalisation des marchés qui favorisent avant tout les entreprises multinationales par rapport aux coopératives qui, par nature, ont un accès limité à ces marchés. L’internationalisation est également un enjeu d’avenir. Ce processus s’accélère alors que les coopératives sont encore peu actives dans ce domaine, étant données leurs structures de gestion et leurs moyens financiers. De même, la libéralisation affecte les cadres institutionnels et règlementaires nationaux qui, autrefois, permettaient de protéger les coopératives. Enfin, les crises sectorielles (porc, volaille...) incitent les coopératives à se rapprocher pour continuer à peser dans leurs filières. Grâce aux économies d’échelles réalisées, les fusions ou unions de coopératives permettent de maintenir des emplois dans des zones ou des secteurs sinistrés, là où des entreprises privées auraient purement et simplement fermé les outils de production.
Des partenariats naturels inter-coopératifs
Les alliances entre coopératives peuvent paraître plus naturelles du fait de leurs statuts et modes de fonctionnement similaires. Elles ne sont pas dénuées de difficultés puisqu’elles sont animées par le facteur humain et le facteur territorial.
Les partenariats entre entreprises sont de diverses natures. Ils vont du simple partenariat commercial ou industriel à la création d’une filiale commune à plusieurs coopératives, la mise en place d’une union de coopératives ou encore la fusion de plusieurs coopératives au sein d’une seule et même entité. Les partenariats entre coopératives se sont multipliés ces derniers mois chez les coopératives agricoles et les coopératives de commerçants : dans le porc avec l’union entre Cooperl et Arca, dans le lait avec le regroupement des activités de Terrena, Even et Coopagri au sein de Laïta, dans les céréales avec la fusion Epis-Centre/Agralys au sein d’Axéréal mais également la fusion de Groupe Coopératif Occitan, Toulousaine de Céréales et Audecoop au sein d’Arterris, rapprochement annoncé entre Selectour et Afat Voyages, le partenariat entre Inter Hôtel et Relais du Silence.
Et comment ne pas évoquer la fusion des organes centraux des groupes bancaires coopératifs Banques Populaires et Caisses d’Epargne. Les débats parlementaires qui se sont déroulés à l’occasion du projet de loi relatif à cette fusion ont livré de nombreux témoignages de soutien aux coopératives et en particulier à la gouvernance coopérative. La constitution du deuxième groupe bancaire français, baptisée BPCE, répond à la nécessité d’être « plus performants dans un univers bancaire mondial en consolidation », explique François Pérol. BPCE est au service de 34 millions de clients, soit un Français sur deux. Il rassemble aussi 110 000 collaborateurs et plus de 8 000 agences en France. Il regroupe près de 7 millions de sociétaires.
Les alliances ou partenariats entre coopératives de secteurs différents permettent de tenir compte des spécificités des coopératives en termes de stratégies et de fonctionnement. Ainsi, plusieurs rapprochements se sont opérés en 2008 entre coopératives de consommateurs et coopératives de commerçants, comme l’attestent les partenariats conclus entre Système U et Coop de Normandie et Coop Alsace et Leclerc. Ces deux exemples illustrent bien la complémentarité qui peut exister entre ces deux types de coopératives. Ces groupes « partagent une même philosophie » et s’associent tout en restant autonomes.
S’allier avec des entreprises classiques
Désormais, et face aux évolutions de leur environnement économique, les entreprises privées, « classiques », et les coopératives n’hésitent plus à s’associer pour développer certaines activités en commun.
Nombre d’exemples récents dans la Coopération agricole en attestent mais nous n’en retiendrons que deux pour l’illustrer. Coopagri Bretagne, par le biais de sa filiale Gelagri Bretagne, et Bonduelle ont noué un partenariat dans les légumes surgelés. Cette stratégie de croissance repose sur la mise en commun de moyens et la capacité à apporter une meilleure réponse sur les marchés de légumes et produits élaborés en MDD (marques de distributeurs) dans l’Union Européenne. Le nouvel ensemble sera détenu à 63 % par Coopagri Bretagne et à 37% par Bonduelle avec une participation croisée dans les outils.
Dans le lait, Sodiaal a mis en place plusieurs structures communes avec des entreprises privées. En 2007, le groupe s’est rapproché de Bongrain pour créer un nouveau pôle fromager, Compagnie des Fromages & Riches Monts, dans lequel ils ont mis en commun à parts égales leurs moyens industriels, savoir-faire et outils commerciaux concernant leurs marques de fromages. La même année, le groupe a mis une structure commune en place avec Entremont Alliance pour les activités laits infantiles en poudre, produits diététiques et ingrédients. Aujourd’hui, c’est le tandem Sodiaal-Bongrain qui se porte acquéreur du groupe Entremont Alliance.
Grandes mais aussi petites coopératives
Dans ces accords, ce qui motive généralement les coopératives, ce n'est pas tant d'être majoritaire que d'être partenaire avec d'autres entreprises solides, qu'elles soient coopératives ou privées. Si elles n’intéressent aujourd’hui principalement que les grandes coopératives, les alliances devraient concerner à l’avenir davantage les petites, y compris sous la forme de groupements à l’image d’Orcab en Vendée, qui rassemble 40 coopératives d’artisans du bâtiment. Face à la concentration et pour résister à la concurrence, certaines Scop, elles, font le choix de la croissance interne ou d’alliances coopératives entre Scop ou avec des coopératives de commerçants. C’est le cas dans le négoce de gros, par exemple. La Scop Bach, installée à Villefranchede-Rouergue (Aveyron), a fait le choix du rattachement à une enseigne nationale coopérative. L’entreprise livre des produits alimentaires à un réseau de détaillants de la marque Utile, propriété du groupe Système U, et elle est elle-même adhérente de cette coopérative de commerçants. Le groupe Système U est même entré au capital de la Scop en décembre 2005.
Et à l’étranger ?
Il n'y a pas qu'en France que les coopératives se regroupent et font des partenariats. En Europe du Nord, le mouvement est largement lancé aussi. Pour exemple, Campina et Royal Friesland Foods, les deux principales coopératives laitières néerlandaises, viennent ainsi de fusionner au sein de Royal FrieslandCampina, un méga groupe coopératif pesant 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires capable de rivaliser avec les poids lourds comme Nestlé et Danone.
Etude parue dans la LGNC N°359 - Septembre 2009
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