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“Isolés, les artisans sont à la merci des industriels et des grands groupes qui cherchent à les inféoder”
Interview d'Hubert Libotte, président de la FFCGA
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L/GNC : Quelles sont les perspectives qu’offre une entreprise coopérative pour des artisans ?
HL : Solidarité de métiers et de territoires, promotion des Hommes et modernisation des entreprises, maintien de services et développement local, sont au coeur des enjeux de la coopération interentreprises dans l’artisanat. La création de coopératives artisanales s’inscrit prioritairement dans le cadre de l’organisation des filières professionnelles, au sein desquelles, grâce à leurs structures de moyens en commun, les artisans et les petites entreprises occupent pleinement la place qui leur revient. La coopération artisanale est un outil important pour le maintien d’un tissu de petites entreprises en leur permettant de se mettre à niveau de la concurrence par la maîtrise des approvisionnements et l’accès direct aux marchés comme dans le bâtiment. Par exemple, la coopérative permet d’apporter une réponse globale en regroupant les différents corps de métiers dans le cadre de la construction de maisons individuelles mais aussi de bénéficier de couvertures assurantielles avantageuses.
De nombreuses coopératives développent des images de marques venant ainsi en appui de l’action commerciale des entreprises et des artisans. Elles ont créé des show-rooms (par exemple dans les métiers du bois), édité des catalogues (exemple des mécaniciens agricoles). Elles peuvent également gérer des espaces communs comme dans le Queyras (Hautes-Alpes) autour des artisans d’art en meubles et objets sculptés ou bien encore par la coopérative des artisans de l’Ubaye dans les Alpes de haute Provence.
Isolés, les artisans sont à la merci des industriels et des grands groupes qui cherchent à les inféoder. Si les artisans ne s’organisent pas eux-mêmes pour faire poids, d’autres le feront pour eux mais ce ne
sera pas à leur profit. C’est à ce défi que répondent les artisans qui créent leurs coopératives. Ce qui leur permet de garder leur indépendance.
Pouvoir créer une coopérative artisanale suppose au préalable la constitution d’un groupe d’hommes qui souhaitent se structurer au niveau d’un département voire localement. Il faut donc les sensibiliser à la coopération, c’est à cela que s’atellent des structures et des fédérations de branche et la FFCGA auprès notamment des chambres de
métiers qui accompagnent les artisans.
L/GNC : Dynamique dans les métiers du bâtiment, de la construction et de la coiffure, la coopération artisanale s’ouvre à de nouveaux métiers, à de nouveaux secteurs et notamment les services à la personne. Est-ce que la démarche est identique ? Quelles sont les motivations des artisans ? Quels sont les objectifs de la FFCGA en la matière ?
HL : Tous secteurs d’activité artisanale confondus, on compte aujourd’hui quelques 800 coopératives et groupements d’artisans, réalisant plus d’1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, impliquant directement près de 80 000 entreprises artisanales – soit près de 10 % des artisans – qui emploient elles-mêmes 130 000 salariés. Jusqu’à l’heure actuelle, les coopératives se sont développées dans les métiers traditionnels de l’artisanat (bâtiment taxis, coiffeurs, mécaniciens). Elles commencent à explorer de nouveaux territoires et métiers comme les prothésistes dentaires (création d’une coopérative à Montpellier en début d’année) ou bien encore les services à la personne (toutes activités relevant des activités artisanales) avec la création d’Artisans à domicile du Vaucluse. Des coopératives devraient également voir le jour autour d’offres énergétiques groupées (électricité, gaz, solaire) et du diagnostic.
Les perspectives de développement pourraient se révéler être très bonnes si les premières expériences s’avèrent positives, il n’y a pas de raison que des coopératives ne se créent pas. Il y a un potentiel et une mobilisation réelle des acteurs sur le terrain comme le démontrent les nombreuses réunions locales animées par la FFCGA à la demande des chambres de métiers et des organisations professionnelles au niveau local. Les coopératives artisanales sont en mesure d’organiser une offre multiservice correspondant parfaitement aux besoins des artisans et des petites entreprises pour répondre aux demandes des consommateurs. Et ce dans un contexte de forte concurrence et dans un environnement en profondes mutations. Le professionnalisme et la proximité des coopératives d’artisans sont des atouts et la clé de leur réussite.
Il est à noter que la coopération artisanale dans le domaine du bâtiment et des taxis connaît une croissance importante dans les départements d’outre-mer grâce à l’existence d’une solidarité très forte entre les artisans du fait de l’insularité et l’isolement.
L/GNC : Sur quels partenariats appuyez-vous vos actions ?
HL : La création de nouvelles coopératives passe, notamment, par une meilleure information et la sensibilisation des artisans et un accompagnement des porteurs de projet. C’est l’objet de la convention
signée par la FFCGA et l’Assemblée permanente des chambres de métiers.
La fédération bénéficie du soutien de la Délégation interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale.
La convention signée en 2006 avec l’Agence nationale des services à la personne permet à la fédération d’accompagner les artisans porteurs d’un projet dans ce secteur.
L/GNC : Quelles sont les avancées législatives que vous voudriez voir introduites ?
HL : La loi de 1983 a fait preuve de son efficacité, mais elle doit aujourd’hui évoluer par rapport aux besoins en fonds propres des entreprises. Il faudrait diversifier les outils de fonds propres.
L/GNC : Quelle est la place de la question européenne dans les problématiques de la coopération artisanale ?
HL : La présence de Bruno Roelants, secrétaire général de la Confédération européenne des coopératives de production et de travail associé, des coopératives sociales et des entreprises sociales et
participatives (CECOP, www.cecop.coop), à l’assemblée générale 2007 de la FFCGA, symbolise l’intérêt d’établir des relations avec d’autres formes de coopératives et de petites entreprises. L’idée de créer
une union de coopératives au niveau européen face à de très gros fournisseurs pourrait se révéler être, à plus ou moins long terme, très intéressante. Lorsqu’il faudra défendre à Bruxelles les spécificités
artisanales et coopératives, nous aurons besoin de tous : secteur des métiers, organisations coopératives nationales et européennes.
www.ffcga.coop
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