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“Le groupement est aussi l’instrument de l’enrichissement de la prestation des transporteurs”
Interview de Stéphane Aïo, président d'Unicooptrans
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L/GNC : Quelles sont les perspectives qu’offre une entreprise
coopérative pour des transporteurs ?
SA : À l’instar des coopératives d’artisans et de commerçants, le groupement permet de mutualiser les achats des transporteurs afin d’obtenir de meilleures conditions de la part des fournisseurs. En ce qui nous concerne, cette fonction est fort utile mais pas essentielle. L’apport central de la coopérative d’entreprises de transport est la vente en commun de la prestation de services, une prestation que la coopérative va justement permettre d’enrichir. Si nous devons faire une analogie avec un autre mouvement coopératif, il faudrait plutôt se tourner vers la coopération agricole.
Pour les TPE du transport, trop souvent réduites au rôle d’éternels sous-traitants, la coopérative d’entreprise permet l’accès direct au client de transport. Inutile de préciser que les frais de gestion d’une coopérative d’entreprise sont sans commune mesure avec les marges pratiquées par les affréteurs aux dépens des petits transporteurs sous-traitants.
Pour les PME, l’apport de la coopérative en termes de commercialisation a une autre dimension puisque celles-ci ont déjà une clientèle propre autour de leur implantation. Ce que leur apporte le groupement, c’est « l’effet réseau ». La clé de la rentabilité d’une PME est d’équilibrer ses flux de transport grâce à des clients et des partenaires stables, ceci sans brader leur prestation. Les bourses de fret informatisées rendent bien des services mais cela ne permet pas d’atteindre la rentabilité. Les groupements coopératifs de PME permettent une démarche commerciale visant à l’équilibre des flux de transport, un échange privatif de fret donne en outre la primeur des demandes de transport aux membres, avant que celles-ci ne soit basculées sur le marché.
Le groupement est aussi l’instrument de l’enrichissement de la prestation des transporteurs : vers la logistique, la préparation de commande évidemment, mais aussi la transformation de matériaux etc. dès lors que cela fait sens pour le client.
L/GNC : Comment se portent les coopératives d’entreprises de transport ? L’adhésion à l’Union européenne des pays d’Europe centrale a-t-elle eu des conséquences pour les transporteurs français ? Comment les coopératives permettent-elles aux transporteurs de s’adapter aux évolutions du marché ?
SA : L’adhésion des 10 nouveaux Etats-membres à l’Union Européenne a évidemment eu des conséquences sur le marché du transport routier de marchandises. Il faudrait ne jamais prendre l’autoroute pour ne pas s’en rendre compte. Malheureusement, le décrochage du transport routier français en termes de compétitivité ne fait que se confirmer, y compris
face à des anciens Etats-membres ! Ceci pour des raisons complexes qui ne se limitent pas à la « tarte à la crème » du coût horaire du travail. Dans un contexte de repli sur le marché intérieur, les transporteurs français respirent tout de même un peu mieux ces temps-ci puisque les prix de transport ont pu être revalorisés. Les groupements coopératifs, d’après les éléments dont nous disposons, tirent plutôt bien leur épingle du jeu. Il y a une demande de qualité de service de la part des clients de transport, qui sont prêts pour l’obtenir à payer plus cher.
Les groupements coopératifs sont l’une des voies pour aller vers cette qualité, grâce à l’implication des « artisans transporteurs » ou à la proximité des PME.
L/GNC : Est-ce que les mesures visant les coopératives d’entreprises de transport introduites par la loi en faveur des PME de 2005 – en dehors du décret « groupement d’employeurs » toujours pas publié, ce que le Mouvement coopératif regrette – ont porté tous leurs fruits ?
SA : Le droit n’est qu’un élément de l’environnement des entreprises coopératives, il ne tient notamment pas lieu de stratégie. Cependant, la réforme de la Loi du 20 juillet 1983 par la Loi PME de 2005 est une formidable avancée : sécurité juridique, souplesse, bref, autant d’éléments positifs ! Quant à ce fameux décret Groupement d’employeurs, sa parution nous a été présentée comme imminente lors de notre Congrès, en juin 2007, par un représentant du gouvernement, mais après 2 ans de sur-place, on ne peut qu’en prendre bonne note et attendre de voir le décret paru au JO pour y croire…
L/GNC : Vous avez créé avec le Laboratoire d’économie des transports (LET) un observatoire des groupements de transporteurs. Quelles sont ses missions ? Son champ couvre-t-il, outre les entreprises de transport, les Scop et les coopératives d’artisans ? Est-ce un outil d’intercoopération ?
SA : L’Observatoire a évidemment comme mission première d’améliorer la connaissance des groupements de transporteurs, les coopératives peuvent
être identifiées assez facilement, mais nous voulons aussi aborder les groupements à forme commerciale classique, ne serait-ce qu’à fin de comparaison, et là, le dénombrement est plus difficile. Au-delà de la statistique, nous voulons approfondir la réflexion sur le management, le développement des groupements coopératifs, au bénéfice des acteurs. L’Observatoire serait aussi un lieu d’échanges, un outil de visibilité, un appui méthodologique au service des groupements. La CGSCOP a souhaité s’impliquer dans l’Observatoire et nous nous en félicitons. Quant aux artisans, vous pensez sans doute aux taxis, la comparaison avec les transporteurs pourrait en effet être un axe de réflexion pour l’Observatoire, mais les sujets de manqueront pas !
www.unicooptrans.fr
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