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  Rubrique : L'événement du mois
17 Juin 2007

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  Dynamique coopérative au Québec
L’effet de levier

Quels sont les fondements du dynamisme de la coopération au Québec ? C’est pour répondre à cette question qu’une délégation composée de salariés des mouvements coopératif et mutualiste français (banques coopératives, Cuma, coopératives scolaires et mutualité étudiante) s’est rendue au Québec du 3 au 10 mars 2007. Cette mission organisée par le Groupement national de la coopération a reçu le soutien de l’Office francoquébécois pour la jeunesse et a bénéficié de l’aide du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (www.coopquebec.coop). L’objectif était de comprendre les mécanismes de soutien à la création d’entreprises coopératives au Québec et découvrir les outils de promotion des pratiques et des valeurs coopératives chez les jeunes. Au programme du périple de Québec à Montréal : rencontres avec des représentants des mouvements coopératifs québécois, visites d’entreprises coopératives et échanges avec des structures d’appui au démarrage de coopératives.

Plusieurs réponses étaient avancées a priori. Notamment une différence culturelle que l’on a tendance, trop souvent, à agiter en France : le droit à l’échec. Cette valeur dite du monde « anglo-saxon » se traduit, en réalité, par le « droit d’essayer », c’est-à-dire le droit d’initiative. Elle serait donc la valeur cardinale, l’alpha et l’oméga de la réussite de nos « cousins » d’outre-atlantique. La deuxième explication que l’on brandissait était que la coopération serait plus « naturelle » dans la Belle Province que dans l’hexagone.

Ce sont, en fait, des explications simplistes et erronées. Les initiatives locales, individuelles et collectives, sont tout aussi nombreuses et riches des deux côtés de l’Atlantique. Les crises économiques et industrielles ont eu les mêmes effets dévastateurs sur les « milieux » (les territoires) et les mêmes envies de ré-agir. La coopération est fille de la nécessité (à ne pas confondre avec la misère) : cette affirmation reste vraie en France comme au Québec où les situations économiques et sociales sont comparables. La nécessité de coopérer est tout aussi criante sous la bannière à fleur de lys que sous le drapeau tricolore. Il faut donc trouver ailleurs les raisons de la force du mouvement coopératif québécois.

Proximité, confiance et effet d’entraînement

Les rencontres et les échanges organisés avec les responsables d’entreprises et de fédérations coopératives ont permis l’identification de certains des ingrédients du dynamisme coopératif au Québec. Le premier est incontestablement l’effet de levier. Cela a été particulièrement visible lors de la visite de la Corporation de développement économique communautaire de Rosement-Petite-Patrie (CDEC, Montréal, www.cdec-rpp.ca). Dans le maillage des structures d’aide à la création d’entreprises coopératives – pas toujours bien compréhensible du fait d’un certain empilement des structures, de la concurrence entre acteurs et de leurs entremêlements – la CDEC constitue l’échelon le plus proche du milieu puisqu’elle en est à la fois issue et qu’elle en fait partie pleinement. En accordant un soutien financier et un suivi personnalisé, la CDEC pose la première pierre de la confiance dans le projet et ses porteurs. Ensuite, un pool de partenaires s’engage aux côtés de la CDEC pour soutenir la création de la coopérative. Ailleurs c’est une autre structure (par exemple, la Coopérative de développement régional ou bien encore le Regroupement québécois pour la coopération du travail, RQCT – www.rqct.coop) qui donne le premier « coup de pouce » permettant le démarrage. Le réseau d’aide à la création de coopératives est articulé autour de l’engagement important du gouvernement provincial et du Mouvement Desjardins (www.desjardins.com), qui forment ainsi une double colonne vertébrale.

En 2005, le gouvernement du Québec a signé avec le Conseil québécois de la coopération (devenu par la suite le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité) une entente de partenariat, sur 3 ans, pour soutenir les coopératives de développement régional (www.fcdrq.coop) et les fédérations sectorielles dans l’aide au démarrage des coopératives, l’accompagnement spécialisé des coopératives.

C’est ainsi que le ministère du Développement économique, de l’innovation et de la recherche accorde une enveloppe de 12 millions de dollars canadiens (soit plus de 7,6 millions d’euros). Par cette entente, le mouvement coopératif québécois s’est engagé à
cofinancer ces missions à hauteur de 1,5 million de dollars (soit un peu moins d’un million d’euros). Desjardins joue, à tous les niveaux et à travers plusieurs outils et structures, un rôle primordial dans le développement de l’entreprenariat collectif.

La Caisse d’économie solidaire Desjardins (www.cedttq.com), unique institution financière au Québec entièrement dédiée à l’entreprenariat collectif, en est une illustration. Elle travaille avec les autres partenaires financiers de l’économie sociale et solidaire, notamment le RISQ (www.fondsrisq.qc.ca) et Fondaction (www.fondaction.com), faisant ainsi jouer pleinement l’effet de levier et d’entraînement. En 2006, elle a mobilisé 110 millions de $ en nouveaux crédits. En 10 ans, ce sont 700 millions de $ qui ont été investis pour financer des projets collectifs comme des coopératives de travail, de consommateurs, de solidarité ou bien encore le logement social et des entreprises d’insertion. La Caisse a fait de l’accompagnement des créateurs sa marque de fabrique. Elle a également contribué à la réalisation d’un guide d’analyse des entreprises d’économie sociale et d’un guide sur leur capitalisation.

Les fonds de retraite gérés par les syndicats de salariés au Québec constituent des leviers pour le développement coopératif et sont donc un élément à prendre en considération dans l’analyse des spécificités du modèle québécois.

Une éducation à la coopération

La meilleure façon de comprendre la coopération, c’est de la pratiquer. C’est sur ce principe que le CQCM a développé, avec le soutien des ministères provinciaux de l’Education et du Développement économique, plusieurs outils et programmes d’initiation à la coopération et à l’entrepreneuriat collectif destinés aux élèves et aux enseignants de l’école élémentaire au lycée. La mise en oeuvre de cette politique volontariste repose sur un réseau d’agents de promotion de l’entrepreneuriat collectif présents dans toutes les régions du Québec.

Tous les aspects sont pris en compte : entraînement au travail de groupe, réalisation d’un projet en classes (Ensemble pour la réussite), initiation des élèves à la coopération et mise en pratiques des valeurs coopératives (trousse pédagogique Coopérer, pour apprendre et entreprendre !), création de mini coopératives en milieu scolaire pour réaliser des projets collectifs ponctuels ou répondre à des besoins plus permanents (Jeune Coop) et de création d’emplois saisonniers pour les jeunes de 14 à 17 ans par la vente de petites prestations
de services aux particuliers (Coopérative jeunesse de service, outil développé par le Regroupement québécois pour la coopération du travail). Ces outils allient tous les aspects de la coopération. Ils permettent aux enseignants et aux jeunes de réaliser un projet coopératif, quelle que soit sa forme – entrepreneuriale, pédagogique, sociale – et de vivre pleinement les valeurs coopératives.

La politique d’éducation à la coopération du mouvement coopératif québécois s’inscrit dans des opérations plus larges que sont la Semaine de la coopération et la Semaine de la relève. La Semaine de la coopération, créée en 1954, vise notamment à améliorer la connaissance des coopératives et de leur diversité auprès du grand public en misant sur les avantages distinctifs de la formule coopérative.

Faire vivre la coopération auprès des personnes qui ne sont pas membres et plus particulièrement auprès des jeunes, tel est l’objectif de la Semaine de la relève coopérative. Les jeunes peuvent participer au concours Rallye Coop et aux activités proposées par les coopératives de jeunes.

Les enseignants sont invités, quant à eux, à utiliser la trousse pédagogique Coopérer, pour apprendre et entreprendre ! La participation des entreprises coopératives peut se faire sous différentes formes : en étant partenaires des activités organisées par les coopératives de jeunes ou bien encore en organisant des activités d’intercoopération avec ces dernières.
Dernier élément du puzzle : les coopératives étudiantes. Regroupées au sein de Coopsco (www.coopsco.com), ce sont des coopératives de consommation offrant aux étudiants des réductions et des tarifs préférentiels par exemple sur les livres ou des ordinateurs. Présentes dans les universités et dans les Cégep (Collèges d’enseignement général et professionnel, établissements pré universitaires), elles sont, avec les Caisses Desjardins et les CJS, la première porte d’entrée dans l’entrepreunariat coopératif.

Première intuitions

Loin d’être une conclusion définitive, loin de nous prévaloir d’une connaissance exhaustive de l’expérience québécoise, on peut, de façon empirique et par intuition aussi, énumérer quelques ingrédients du dynamisme de la coopération au Québec : proximité,
implication du milieu, effet de levier et maillage/imbrication des acteurs, soutien financier majeur du gouvernement, prise en compte de toutes les facettes par le mouvement coopératif et capacités d’innovation.

Si le développement coopératif au Québec est aussi la résultante d’une culture et d’un contexte propres, si toutes les solutions mises en oeuvre par les acteurs du développement coopératif au Québec ne peuvent être répliquées, il est toutefois possible pour le mouvement coopératif français de s’en inspirer. Et ce sans idéalisme et en ayant pleinement conscience des difficultés et des limites du système québécois (souvent communes au modèle français). Il n’est pas question de piocher dans la liste des ingrédients pour en sélectionner seulement
quelques uns. Une seule certitude : la solution ne peut être que globale et toute tentative parcellaire serait vaine. Comme les coopérateurs québécois, c’est un véritable plan d’ensemble qu’il faut mettre en oeuvre et donc définir, au préalable, les ambitions et les moyens nécessaires.



 
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